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Corps et santé : autonomie, toujours!

L’autodétermination en perspective

Auteur路e :Sébastien Boulanger

Bandeau :Illustration : © Nadia Morin

Tout juste avant que n’éclate la bombe sanitaire, le magazine GF s’est intéressé à la santé globale des femmes. Un vaste champ d’action personnel et collectif, il va sans dire, que nous avons embrassé dans la perspective de l’autodétermination des femmes, du droit et de la justice sociale. Difficile, d’entrée de jeu, de passer outre la crise de santé publique actuelle. Si celle-ci soulève à l’évidence des enjeux multiples en matière de santé des femmes, nous avons choisi ici de porter la majeure partie de notre réflexion au-delà de ce contexte exceptionnel.

Bien que le lien entre pandémie et détresse psychologique se confirme, il est plus complexe de cerner les répercussions de la nouvelle réalité du télétravail sur la santé mentale des femmes. Alors que plusieurs notent des frontières de moins en moins claires entre le travail et la vie personnelle, ou un plus grand sentiment d’isolement, d’autres relèvent une charge mentale plus lourde et une somme de travail accrue dans toutes les sphères de leur vie. Hélène Mercier fait le point sur la montée en flèche du télétravail comme facteur de nuisance potentielle à la santé psychologique des femmes.

La philosophe féministe Camille Froidevaux-Metterie est l’autrice du livre Seins : en quête d’une libération (Anamosa, 2020). Fruit d’une enquête menée auprès de femmes de tous horizons, l’ouvrage témoigne de la dimension plurielle du sein qui, pour la philosophe, « concentre tous les défis liés aux dimensions sexuée et incarnée du corps féminin ». Dans un entretien avec la journaliste Cécile Calla, elle réfléchit au corps des femmes à la fois comme source d’émancipation des femmes et comme le lieu formel de la domination masculine. Entre autres constats, Camille Froidevaux-Metterie démontre que nombre de femmes confrontées au monde médical vivent une véritable expérience d’aliénation de leur corps.

Cette réflexion sur la dépossession du corps et le paternalisme médical se traduit dans l’expérience de Marie-Claude Belzile. En 2017, Marie-Claude reçoit un diagnostic de cancer du sein. À l’instar de 20 % des patientes, la jeune trentenaire aura besoin d’une mastectomie pour lutter contre la maladie. Comme plusieurs femmes, elle opte pour une reconstruction plate. Son chirurgien-oncologue décidera plutôt qu’une reconstruction complète de ses seins serait mieux pour elle. N’eût été sa chance de voir par hasard la requête de reconstruction dans les mains de l’infirmière avant l’opération, Marie-Claude se serait éveillée avec des expanseurs dans la poitrine… Un récit troublant de Carine Monat sur les préconceptions du corps féminin et l’autodétermination des patientes.

Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est une forme sévère du syndrome prémenstruel. Avec, au premier plan, des symptômes physiques et émotionnels aigus qui interfèrent avec les relations, la vie sociale et l’activité professionnelle. Catégorisé dans le DSM-5 sous le vocable de trouble de l’humeur – avec les dérives potentielles que l’on devine –, le TDPM n’est pas un problème psychique à proprement parler. Il s’agit plutôt d’un désordre neuroendocrinien complexe, dont les effets sont psychologiques. Claire-Marine Beha nous éclaire sur cette maladie chronique largement méconnue, et sur le mouvement de solidarité qui l’entoure.

Du papyrus ramolli utilisé dans l’Égypte antique aux charpies de tissu de la Grèce ancienne, en passant par le papier, la laine ou la mousse, Gabrielle Anctil survole l’histoire des protections menstruelles. Conçues dans les années 20 comme un produit de luxe, les serviettes hygiéniques jetables – ou kotex – ont révolutionné le quotidien des femmes, malgré les tabous persistants de l’époque. Ces produits essentiels demeurent cependant inaccessibles à des millions de femmes (prix prohibitif, « taxe tampon »), qui se voient aujourd’hui encore contraintes d’y renoncer ou de recourir à d’autres méthodes dangereuses pour leur santé.

Le Dr Marc Zaffran, alias Martin Winckler, est un médecin engagé, un écrivain à succès et un militant féministe. Il possède son propre site Web consacré à la santé – en particulier à la contraception et à la gynécologie – et anime un blogue littéraire. Parmi ses sujets de prédilection, la maltraitance médicale, la transmission des valeurs éthiques en médecine, la douleur et la formation du personnel soignant. Il répond aujourd’hui à nos cinq questions!

Bonne lecture!