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L’égalité vue par Martin Winckler

Je suis féministe parce que je hais les injustices, les rapports de force et l’oppression. Or, dans toutes les sociétés, les femmes sont les premières opprimées.

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Bandeau :Photo : © Alain Gahagnon

Lorsqu’il s’installe au Québec au milieu des années 2000, le Dr Marc Zaffran, alias Martin Winckler – pseudonyme qu’il adopte en 1987 –, tire un trait sur sa carrière médicale. Médecin engagé, écrivain à succès et militant féministe, il possède son propre site Web consacré à la santé et anime un blogue littéraire. C’est sans nul doute la section de son site relative à la contraception et à la gynécologie qui est la plus consultée, certains articles (sur les règles ou la pilule, entre autres) totalisant plusieurs centaines de milliers de visites. Entre 2009 et 2019, il est écrivain en résidence et enseigne à l’Université de Montréal (éthique clinique et création littéraire), à l’Université McGill (création littéraire et ateliers d’écriture pour les étudiant·e·s en médecine) et au Département de français de l’Université d’Ottawa (création littéraire). Parmi ses sujets de prédilection, la maltraitance médicale, la transmission des valeurs éthiques en médecine, la douleur ou encore la formation du personnel soignant. Préoccupations d’actualité s’il en est… Martin Winckler publie en septembre 2020 l’ouvrage C’est mon corps : toutes les questions que se posent les femmes sur leur santé.

Quel est le meilleur conseil qu’une femme vous ait donné?

C’est de toujours croire ce que les femmes me confient dans ma pratique, sans discuter. La personne qui m’a donné ce conseil se nommait Yvonne Lagneau. Elle était infirmière cadre au centre de planification familiale où j’ai prescrit des moyens de contraception et pratiqué des interruptions de grossesse entre 1983 et 2008. Les professionnel·le·s de la santé doivent toujours croire ce que les personnes qui font appel à leurs services leur disent. On ne m’avait pas appris à le faire – on avait même laissé entendre qu’il ne fallait pas trop écouter ce qu’elles racontaient. En me donnant ce conseil, Yvonne a changé ma vie de professionnel et de personne humaine.

Trois mots qui décrivent pour vous le féminisme?

Égalité (pour toutes et tous). Respect (de toutes et tous). Solidarité (entre toutes et tous).

Quel film, quel livre ou quelle série à saveur féministe vous a particulièrement touché?

Un film : Thelma et Louise (1991).

Un livre : Mother Nature (Les instincts maternels) de Sarah Blaffer Hrdy (1999).

Une série : Call the Midwife (à la BBC depuis 2012) ou SOS sages-femmes en français.

L’égalité n’est toujours pas pleinement atteinte. Pour vous, le nerf de la guerre, le problème, c’est quoi?

On ne peut pas changer les mentalités d’un coup de baguette magique, mais on peut prendre des décisions qui font bouger les choses, comme par exemple voter une loi qui impose aux employeurs privés de rémunérer les femmes autant que les hommes, à expérience, formation et ancienneté égales. Ça changerait pour commencer l’idée que ces derniers « valent plus » parce qu’ils sont mieux payés.

Je suis féministe parce que…

Je suis féministe parce que je hais les injustices, les rapports de force et l’oppression. Or, dans toutes les sociétés, les femmes sont les premières opprimées.