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Cinq questions sur l’égalité à Marie-France Bazzo

L’égalité selon Marie-France Bazzo, en 5 réponses!

Date de publication :

À la fois productrice et animatrice, Marie-France Bazzo marque le paysage médiatique et culturel québécois depuis plus de 30 ans. À la barre d’émissions telles que BazzoTV (Télé-Québec) ou Indicatif présent et C’est pas trop tôt! (ICI Radio-Canada Première), elle fait sa marque en conduisant des entrevues serrées abordant de front plusieurs sujets épineux. Première animatrice matinale à Montréal, Marie-France Bazzo a la réputation d’exprimer avec franchise ses opinions sans craindre l’embarras. Parler d’égalité et de féminisme : un défi qu’elle relève ici avec son habituelle verve décomplexée.

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Vous avez le pouvoir de changer une chose dans l’humanité pour faire progresser l’égalité des sexes. Ce serait quoi?

Marie-France Bazzo.

L’éducation des filles, partout, le plus longtemps possible. Quand une fillette va à l’école, ne serait-ce que jusqu’à 11 ans, ça peut lui éviter un mariage forcé, ça l’outille, elle, et, par osmose, on l’espère, sa famille. Mondialement, l’éducation des filles est le plus puissant vecteur de changements familiaux, sociaux et politiques.

Nommez une valeur égalitaire qu’il faut à tout prix transmettre aux générations futures.

L’égalité entre les femmes et les hommes, que l’on présente comme une des valeurs fondamentales des Québécois et des Québécoises, devrait se refléter aux plus hauts niveaux de tous les lieux de gouvernance : à l’Assemblée nationale, dans les CA des grandes institutions et des compagnies. Pour que ça survienne, et surtout que ça dure, je suis pour une politique temporaire de quotas. Le temps de deux ou trois générations, pour que le geste de nommer des femmes, ou de les accueillir en politique, devienne naturel, que la force du nombre persistant rende la chose évidente. L’égalité a besoin d’un coup de pouce.

Du sexisme, on en retrouve encore en [musique/théâtre/cinéma/télé/politique/humour]? Donnez un exemple.

Oui, bien sûr, dans tous les systèmes, c’est abondamment attesté, même si le sexisme prend des voies plus subtiles. La dernière manifestation qui m’a bouleversée vient des réseaux sociaux. C’est le phénomène de la Ligue du LOL qui a sévi sur Facebook et sur Twitter en France à la fin des années 2000. Un groupe de jeunes journalistes et publicitaires, en position de pouvoir, ont « joué » à humilier, à traquer et à intimider, en toute impunité, des femmes. Parce qu’elles étaient femmes, féministes, lesbiennes ou racisées. C’était le règne de l’entre-soi machiste et décomplexé, sur fond de bien-pensance, car ils étaient de gauche, ces nauséabonds personnages. Quel courage et quelle persévérance ça a pris aux victimes pour se faire entendre! Évidemment, ça n’arriverait pas ici…

Parlez-nous d’un moment clé dans votre vie personnelle, dans votre carrière, où vous avez pris conscience que l’égalité n’était pas réellement atteinte.

J’ai été, en 2013, la première femme animatrice de la matinale d’ICI Première, à Montréal. J’ai adoré ce mandat, j’ai constitué une équipe de feu. Ensemble, nous avons obtenu d’excellentes cotes d’écoute. Sauf qu’au bout de deux ans, on m’a « démissionnée ». Le boys’ club radio-canadien voulait installer son homme. Ce fut brutal et péremptoire. Du jour au lendemain, j’ai dû abandonner ce qui me plaisait le plus au monde. J’en tremble encore en l’écrivant. L’injustice; implacable, bête et méchante. Du sexisme institutionnel frontal, cautionné par la machine. C’était une job de gars, mais je n’étais visiblement pas au courant… (J’écris à ce sujet, d’ailleurs.)

Le pire ennemi de l’égalité, c’est…

Un des pires ennemis de l’égalité, au Québec, dans notre société riche et avancée, est le féminisme victimaire. Cette tendance lourde à penser les luttes en vase clos, à se percevoir comme des victimes de discriminations irrémédiables, et à se définir comme telles. Le féminisme, pour moi, doit avancer uni, ses visées doivent être larges et généreuses, revendiquer pour le plus grand nombre, avec l’appui et le soutien des hommes. Or, le mouvement est fragmenté. Chaque faction développe et revendique sa caractéristique victimaire comme son essence. C’est unies, fortes et enthousiastes que nous serons les plus puissantes.