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L’urbanité des femmes

Vivre une ville plus inclusive

Auteur路e :Sébastien Boulanger

Bandeau :Illustration : © Nadia Morin

« Les villes fleurissantes (florissantes) sont gérées avec une équité démocratique où nous pouvons sentir les fleurs et entendre les oiseaux. » Ces mots de l’architecte montréalaise Phyllis Lambert résonnent comme un îlot de fraîcheur sur la murale aménagée en son honneur, rue Jeanne-Mance, au cœur de la métropole. À l’heure où environ 75 % de la population du pays vit dans un grand centre, nos villes sont-elles équitables, inclusives? L’urbanisme et l’aménagement urbain sont-ils pensés en fonction des besoins et des usages des femmes? Sécurité, transport, accessibilité, bâtiments, art urbain, espaces de loisir, itinérance, toponymie : l’espace public est-il genré? Le magazine Gazette des femmes s’est penché sur l’urbanité des femmes… une réalité souvent pavée d’obstacles.

« Celui pour qui l’aménagement des parcs, le design des sièges du métro ou l’horaire des bus a été pensé est un homme », dit la journaliste Hélène Mercier, citant la géographe et autrice de l’essai Villes féministes, Leslie Kern. Si les nouveaux projets de la Ville de Montréal passent désormais par un processus d’analyse différenciée selon les sexes et intersectionnelle (ADS+), l’aménagement urbain à lui seul ne suffit pas. Permettre aux femmes de s’approprier l’espace public exige une meilleure compréhension de la relation entre le territoire et le social. Pour une ville sans peur.

Selon l’architecte Pierre Thibault, la pratique architecturale – intimement liée à l’industrie de la construction – est appelée à changer. Avec une majorité de femmes dans les facultés d’architecture et l’élection récente de plusieurs mairesses au Québec, des voies prometteuses se dessinent pour l’urbanisme de demain. « Ces femmes sont ouvertes au changement. Nous en sommes aux balbutiements de quelque chose qui pourrait devenir intéressant », dit l’architecte, séduit par des modèles comme Copenhague ou Paris. « En enlevant cette place prépondérante donnée à la voiture pour en faire des espaces publics, c’est peut-être comme ça qu’une ville devient plus féministe. »

Chaque jour, des milliers de femmes se déplacent à travers la ville. Pour plusieurs, l’urbanité quotidienne et le transport citadin prennent un visage singulier. Julie conduit sa destinée en taxi, Kenza en fauteuil roulant. La journaliste Emma Guerrero Dufour propose le regard croisé de ces deux femmes, qui font corps avec la ville qu’elles habitent. Une relation parfois heureuse, parfois moins.

Elles sont jeunes. Elles sont mères. Elles demandent des lieux sécuritaires pour femmes. Dans les villes et villages du Québec, les femmes en situation d’itinérance sont de plus en plus nombreuses. Dans l’espace public comme dans les politiques, elles demeurent pourtant invisibles. Miriane Demers-Lemay a rencontré Jessica, une jeune mère de 24 ans, qui a grandi entre les centres jeunesse et les foyers d’accueil, avant de vivre des périodes d’itinérance difficiles.

Le street art est une pratique surtout associée aux hommes. « Qu’est-ce qui pousse certaines femmes à errer la nuit dans les ruelles sombres pour laisser leur trace dans le paysage urbain? » questionne Éric Faucher. Comment sont-elles perçues dans la communauté du graffiti? Pour mieux connaître ce mouvement culturel a priori non genré, parfois subversif, le journaliste a arpenté les rues et ruelles de Montréal à la rencontre de ces artistes urbaines, qui font parler les murs à l’abri des regards.

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En près de trois mois, plus de trois millions de personnes ont franchi la frontière entre la Pologne et l’Ukraine pour se mettre à l’abri des bombes. De ce nombre, 90 % sont des mères ukrainiennes avec enfants. Devant cet afflux, des organismes comme la Maison ukrainienne de Varsovie, le Comité des travailleurs et des travailleuses domestiques et l’ONG polonaise Feminoteka sont en première ligne pour accueillir et soutenir les exilées ukrainiennes. Patrice Senécal est à Varsovie.

Peuple premier de l’île japonaise d’Hokkaido, les Aïnous ont vécu pendant des siècles selon leurs croyances, leurs rites et leurs traditions. Colonisés, ils ont été contraints à devenir de « vrais Japonais », une discrimination qui perdure. À 68 ans, Ryoko Tahara est une figure emblématique de la lutte pour l’identité et la reconnaissance des droits des femmes aïnoues. Une rencontre de Johann Fleuri avec cette femme de conviction, qui milite depuis des années pour défendre l’identité de sa communauté.

Bonne lecture!