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La balance du temps, d’un horizon à l’autre

Mémoires d’été

Auteur路e :Sébastien Boulanger

Bandeau :Illustration : © Nadia Morin

L’inspiration nous conduit cet été sur les sentiers de la mémoire. Vers ces horizons qui, du territoire à l’art, du corps à la Terre, interpellent le temps, le lieu, l’engagement, la connaissance et la reconnaissance. Autant de réflexions sur le legs, l’héritage et la trace de l’oubli. Nos collaboratrices partagent leurs rencontres avec quelques-unes de ces femmes d’aspirations, porteuses de combats et de mémoires!

Dans le village innu d’Ekuanitshit, situé sur la Côte-Nord entre la rivière Mingan et l’archipel du même nom, vit la poétesse Rita Mestokosho. Cofondatrice de la Maison de la culture innue d’Ekuanitshit, elle incarne cet espace unique de rencontres et de savoirs. « La Maison de la culture est un lieu d’histoire, d’objets, d’êtres humains. Elle porte des messages vers d’autres lieux – les îles, le Nord, le territoire. » Dans le cadre de sa série « Regards sur la culture – Des femmes et des lieux », Alice Guéricolas-Gagné témoigne de l’engagement pluriel de cette grande créatrice, qui milite aussi pour la reconnaissance d’une personnalité juridique à la Terre et aux eaux.

L’histoire nous rappelle que l’état des droits des femmes se mesure au baromètre du rapport social – et politique – au corps. Dans un essai intitulé Les dessous du maillot de bain – Une autre histoire du corps, l’historienne Audrey Millet raconte la démocratisation de ce vêtement au fil des décennies. La journaliste Cécile Calla décortique cet ouvrage instructif, qui illustre l’évolution « de ce morceau de tissu à travers le prisme des normes de genre et des interdits touchant le corps féminin ». Le maillot de bain, témoin d’une libération des corps ou porteur d’injonctions?

Dès le milieu du 20e siècle, les entrepreneures culturelles sont au cœur de l’histoire de l’art moderne au Québec. Pionnières de plusieurs centres d’art, ces femmes sont pourtant absentes des ouvrages spécialisés. C’est ce que démontre l’historienne de l’art Geneviève Lafleur, dans une thèse de doctorat publiée récemment sous le titre Le rôle des entrepreneures culturelles dans le développement des arts visuels au Québec (1949‑1960). « Ces femmes ont osé prendre des risques. Elles ont accordé une valeur esthétique et artistique à des pratiques qui n’étaient pas considérées par le milieu officiel de l’art de l’époque. » Maïté Belmir s’est entretenue avec la chercheuse qui, au-delà des œuvres, plaide pour une meilleure reconnaissance du rayonnement des femmes dans l’histoire de l’art au Québec.

Jusqu’en décembre 2022, la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA) présente les œuvres d’une cinquantaine d’artistes autochtones contemporains dans quatre villes du Québec. La sixième édition de cet événement bisannuel s’articule autour du thème Land Back, une proposition qui évoque le mouvement activiste pour la restitution des terres. Antonia Mappin-Kasirer discute de cette véritable mobilisation par l’art et la multidisciplinarité, où les perspectives féministes se font entendre, d’hier à aujourd’hui. Une histoire de transmission!

Le Women’s Brain Project est une ONG internationale qui travaille à faire avancer les connaissances sur les différences entre les sexes en médecine. Sa mission est pointue : mesurer l’incidence de ces distinctions sur la santé mentale et cérébrale des femmes, davantage touchées par des maladies comme l’Alzheimer, la dépression ou la sclérose en plaques. La journaliste Andrée-Marie Dussault a rencontré Antonella Santuccione Chadha, cofondatrice et directrice de cette institution phare basée en Suisse, qui compte des dizaines d’expert·e·s qui réfléchissent le monde de demain… autrement.

Forgé d’histoires et de doutes, le concept de congé menstruel est discuté dès les années 1920 en URSS. En 1947, le Japon sera le premier pays au monde à l’implanter officiellement, suivi de l’Indonésie (1948), de la Corée du Sud (2001), puis de Taïwan. À l’heure où l’Espagne débat de son adoption (une éventuelle première en Europe), le congé menstruel en vigueur à Taïwan depuis 20 ans n’a amené ni miracle ni catastrophe… Une mesure accueillie entre réserve et ouverture, comme l’a constaté sur place le journaliste Rémy Bourdillon.

Bonne lecture!