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Elles, c’est nous

Habiter une ère commune

Auteur路e :Sébastien Boulanger

Bandeau :Photo : © Oneland.media

Il y a un an déjà, le monde s’engouffrait dans un âge inconnu. Une ère de glaciation nouvelle en quelque sorte, que seule l’Histoire saura définir. Au cœur de ces bouleversements : vos histoires. Celles de vos petits et grands deuils, de vos aspirations à rêver mieux, de toutes ces vies à vivre et à réécrire. Pour marquer le 8 mars, le magazine GF et le Conseil du statut de la femme vous invitent à plonger dans l’univers de huit Québécoises, de tous horizons, touchées par la pandémie dans l’intimité de leur vie personnelle, familiale et professionnelle.

Ces récits, magnifiquement recueillis par la journaliste Mylène Moisan, sont ceux de femmes venues confier leurs doutes, leurs forces, leur fierté, leur solidarité. À travers ces témoignages s’esquissent des expériences profondément humaines, à la fois uniques et universelles. Parce que la pandémie n’épargne personne. Parce qu’à l’aube de la Journée internationale des femmes, toutes se reconnaîtront en elles!

Andrea est une jeune entrepreneure originaire de la Colombie, arrivée au Québec dans la fleur de l’adolescence. Fonder une entreprise ne cadrait pas avec ses plans… Au printemps dernier, les fermetures généralisées l’obligent à rediriger ses employé·e·s vers la PCU. Et à réorienter complètement son modèle d’affaires. Andrea a fait ce qui marque son ADN depuis toujours : se retrousser les manches et réussir en tant que femme.

Élue à 26 ans, Audrey est la plus jeune mairesse du Québec. Lorsque la COVID-19 rattrape Saint-Félix-de-Valois, c’est un village tout entier qui se serre les coudes. Après la gestion de crise effrénée des premières semaines, puis la mobilisation populaire qui s’en est suivie, un citoyen pas comme les autres s’est installé dans la petite bourgade familiale d’Audrey…

Dès les premières lueurs du confinement, Catherine a vu son agenda se remplir de pages blanches, à l’instar de trop d’artistes. Jusqu’à ce que l’aventure Au creux de l’oreille traverse l’Atlantique jusqu’ici. Un projet réconfort tout simple : téléphoner à une personne inconnue, lui lire des extraits de livres, échanger, casser la solitude. Catherine a eu envie de lancer le mouvement ici, au Québec. Mais l’appel de Quaqtaq, du théâtre et des enfants du Nuvavik résonne toujours… tout près. Elle y retournera.

Pour la première fois en 94 ans, Gemma n’a pas fêté Noël en famille. Malgré la tempête qui la confine à sa résidence pour aîné·e·s, Gemma trouve son plaisir dans les choses simples et dans sa mémoire toujours intacte : son Joe qui veille sur elle, ses petits-enfants qui viennent la saluer par la fenêtre, la sonnerie du téléphone qui rythme les journées, cette curieuse tablette offerte par ses enfants… Derrière une vie paisible et des souvenirs vifs, Gemma nous enseigne un bonheur sans prétention.

Enceinte de quelques mois, Josianne apprend en mars dernier que son conjoint ne pourra assister à l’échographie de 20 semaines. Celle où on apprend généralement le sexe du bébé… Un petit deuil, prélude à plusieurs autres. Comme les visites interdites après l’accouchement. Ou pendant l’hospitalisation de Josianne et Malik, pour des symptômes inquiétants chez le nouveau-né. Malik a vu le jour dans un monde masqué, où les sourires viennent des yeux…

Le père de Line souffre de la maladie d’Alzheimer. Quand Line le revoit la première fois, après plusieurs semaines de confinement, l’homme de 97 ans ne la reconnaît pas. Sa mère, une jeune femme de 80 ans, est davantage affectée que son père par les exigences du confinement. Elle a toute sa tête… Si le virus a épargné ses parents, Line, elle, a attrapé la COVID-19. Clouée au sol pendant un mois. Mais l’amour reste plus fort.

Le 12 mars 2020, Marie-Lee a fermé son local à clé. Comme chaque jour depuis sept ans. Sans se douter qu’elle retrouvera sa classe seulement quelques semaines plus tard, devant un tableau d’enfants… désormais virtuels. Marie-Lee transmet sa passion d’apprendre à des élèves de milieux défavorisés. Ce que l’on pourrait appeler une vocation. Devant la pandémie, Marie-Lee se fait philosophe. La vie lui a donné de grandes chances…

Dans l’archipel de Maude, au large du golfe, la pandémie semblait bien lointaine. Pourtant, aux Îles comme ailleurs, l’aventure du secondaire a connu une fin abrupte : bal des finissant·e·s dénaturé, projets étudiants laissés en plan, entrée au cégep incertaine, bulles familiales trop étroites… Comme pour des milliers d’adolescent·e·s, des moments précieux semblent échapper à Maude, comme la proximité de ses ami·e·s, dont elle mesure désormais la valeur et la nécessité. Mais Maude s’accroche aux lueurs de jours meilleurs qui, pour un temps, font oublier une ère qui ne laissera personne indemne.

Bonne lecture!

Félicitations à notre journaliste Delphine Bousquet, qui s’est mérité la deuxième place dans la catégorie Inequality, Business and Economics / Langue française au concours international de journalisme Covering COVID. Les juges ont sélectionné l’article de Delphine Le Bénin : entre contraintes sanitaires et économiques, publié l’été dernier dans nos pages dans le cadre de notre dossier Pandémie : vues d’ailleurs. Organisé par le Centre international pour les journalistes (ICFJ), le concours a reçu au total 672 candidatures d’articles rédigés en 5 langues. Bravo Delphine!