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L’égalité vue par Caroline Quach

« Je suis féministe parce que je veux que mes fils considèrent les femmes comme leur égale et leur partenaire. »

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Temps estimé de lecture :4 minutes

Bandeau :Photo : Caroline Quach – © Marc-André Lapierre

Grande figure médiatique, la Dre Caroline Quach est professeure titulaire aux départements de microbiologie, infectiologie et immunologie et de pédiatrie de l’Université de Montréal. Elle est aussi professeure associée au Département d’épidémiologie, biostatistique et santé au travail de l’Université McGill, et collaboratrice scientifique à l’École de santé publique de l’Université libre de Bruxelles. Elle est responsable de la prévention et du contrôle des infections au CHU Sainte-Justine, où elle est également microbiologiste-infectiologue. Caroline Quach est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en prévention des infections (niveau 1). Elle a notamment présidé le Comité consultatif national de l’immunisation de l’Agence de santé publique du Canada (2017-2021), le Comité sur l’immunisation du Québec (2015-2019) et l’Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada (2014-2016). Récipiendaire de plusieurs distinctions, elle a été sélectionnée en 2019 par le Women’s Executive Network comme l’une des 100 femmes les plus influentes du Canada dans la catégorie Sciences et technologie. Caroline Quach nous parle aujourd’hui de modèles, de force et de valeurs féministes.

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Quelle personnalité féministe vous inspire le plus?

Choix difficile… Thérèse Casgrain, Antonia Nantel, Irma Levasseur, Justine Lacoste-Beaubien – des femmes exceptionnelles qui ont toutes laissé leur marque, dans un monde où les hommes étaient seuls à pouvoir décider de tout. En fin de compte, c’est la médecin anesthésiste Virginia Apgar qui retient mon attention, non seulement du point de vue scientifique, mais surtout pour sa volonté, sa fougue, sa ténacité et sa joie de vivre.

Bien que les circonstances ne l’aient pas avantagée et que les hommes aient pris divers postes qu’elle aurait pu et dû occuper, Virginia Apgar a poursuivi sa route avec assurance, sans chercher à écraser qui que ce soit, en saisissant toutes les occasions de se développer. Son talent de pédagogue et de mentore lui a permis d’influencer les générations futures. Elle avait également une grande capacité à se réinventer (mot de l’année, s’il en est un) : à 50 ans, profitant d’une année sabbatique, elle fait une maîtrise en santé publique pour délaisser l’anesthésie et devenir ambassadrice pour la fondation March of Dimes.

Pendant l’épidémie de rubéole des années 1960, elle s’intéresse à la vaccination dans le but de prévenir les malformations congénitales. Virginia Apgar ne se définissait peut-être pas comme féministe, mais cet exemple de réussite dans un monde d’hommes aura permis aux femmes qui l’ont suivie de rêver et de croire que la vie universitaire et scientifique leur était permise.

Trois mots qui décrivent pour vous le féminisme?

Avenir, équité, inclusion.

Je suis féministe parce que…

Je viens d’une lignée de femmes de tête (et d’un père avec une tête tout aussi forte et dure qui croyait en moi). Ma grand-mère maternelle est pour moi un modèle de grâce, de force, de courage, de volonté et de résilience. Arrivée du Vietnam en 1975, avec des petits-enfants à sa charge, sans mari, elle s’est réinventée. Comme bien des immigrant·e·s, elle s’est retrouvée au bas de l’échelle, alors qu’elle était éduquée et menait une vie aisée. Si elle s’est plainte, je ne l’ai pas entendue.

Puis, ma mère a été mon pilier, mon guide dans les moments difficiles. Étant une professionnelle en milieu universitaire, elle m’a permis, à mon tour, d’avoir une vie universitaire et une famille. Sans ce soutien féminin, je ne me serais pas rendue où je suis.

Je suis féministe parce qu’entre femmes, quand on se tient, on accomplit de grandes choses. Quand – en plus – on a un mari féministe, on est choyée. Je suis féministe parce que je voulais que ma fille puisse accomplir ses plus grands rêves et ne se sente pas amoindrie parce qu’elle est une femme. Je suis féministe parce que je veux que mes fils considèrent les femmes comme leur égale et leur partenaire.

Nommez une valeur égalitaire qu’il faut absolument transmettre aux générations futures

Le respect. Respecter son prochain, peu importe son genre, son sexe, sa forme ou sa couleur, nous permet d’aimer et d’apprécier l’humain. Le respect doit évidemment être mutuel.

Du sexisme, on en retrouve encore dans les milieux médical, universitaire et de la recherche?

Le sexisme n’est plus aussi évident qu’à l’époque de Virginia Apgar où certains postes étaient réservés aux hommes. Le sexisme est aujourd’hui plus sournois. Il survient lorsque le old boys club sévit, lorsque certaines activités sociales sont de facto exclusives et que les personnes pressenties pour un poste de leadership sont déterminées par ces réseaux informels.

Les femmes ont souvent tendance à rester plus près de la maison et décident de ne pas s’absenter aussi longtemps – pas parce que leur conjoint n’est pas capable de s’occuper de la maisonnée, mais par envie, par attachement ou par culpabilité (eh oui, ça arrive tous les jours). Il arrive donc que les occasions de se faire connaître et de briller soient moindres.

Le sexisme existera tant que la conciliation famille-travail ne permettra pas aux parents de ne pas avoir à décider entre abandonner leurs proches et faire avancer leur carrière. La compétence féminine doit être mise en valeur autrement. Avoir davantage de femmes à des postes de leadership et les voir exceller fera changer la société.

Je dois cependant lever mon chapeau au réseau de l’Université de Montréal et au CHU Sainte-Justine, où le leadership au féminin est bien présent.