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Violences : des solutions collectives et concertées

Un travail de terrain… enraciné

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Temps estimé de lecture :5 minutes

Bandeau :Photo : © Gemma Chua-Tran (unsplash.com)

Le portrait des violences genrées au Québec est alarmant. Les 17 féminicides survenus à ce jour cette année mettent en exergue le besoin criant de lutter contre ces violences. Aux quatre coins de la province, des solutions et des actions citoyennes émergent et donnent espoir. Si de nombreux organismes travaillent depuis plusieurs décennies à la défense de l’égalité des sexes, leur travail acharné mérite d’être salué, reconnu et, surtout, généralisé.

« Chaque année, on accueille 3 000 femmes, 1 500 enfants, on reçoit plus de 50 000 appels et on offre des services à plus de 100 000 femmes », rapporte Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. Les maisons d’hébergement pour femmes sont « profondément enracinées » dans leur communauté : elles mènent de front des actions d’intervention, de concertation, de sensibilisation et de formation, à la fois dans les écoles, auprès des services de police ou au sein de la Direction de la protection de la jeunesse.

« C’est ce qu’on appelle du travail de tranchées », résume Manon Monastesse. La Fédération et le Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes sont présents auprès des différents ministères et des différentes tables de concertation. Leur rôle? S’assurer que les projets de loi et les politiques tiennent compte de la réalité des victimes de violences, en vue d’amenuiser les obstacles et les difficultés qu’elles peuvent vivre.

Une lutte concertée et intersectionnelle

D’un bout à l’autre du Québec, des organismes militent et se mobilisent pour représenter toutes les femmes et les appuyer dans la lutte contre les violences. Stella Montréal soutient les travailleuses du sexe, l’Action des femmes handicapées offre un cadre d’échange aux femmes handicapées, tandis que le Foyer pour femmes autochtones et la Maison des femmes sourdes de Montréal mettent à la disposition des femmes un hébergement sécuritaire. De son côté, le Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ) collabore étroitement avec les maisons d’hébergement, pour être en mesure de rediriger les victimes.

Les maisons d’hébergement pour femmes sont « profondément enracinées » dans leur communauté : elles mènent de front des actions d’intervention, de concertation, de sensibilisation et de formation.

Mais les violences individuelles ne sont pas les seules à sévir et à entraîner des conséquences sur la vie des femmes. Selon la Coalition d’action et de surveillance sur l’incarcération des femmes du Québec (CASIFQ), une autre forme d’oppression faite aux femmes est la violence institutionnelle. « Nous voulons dénoncer des conditions de détention abominables et nous le faisons simplement en décrivant notre quotidien », relate Louise Henry, ex-détenue et membre de la CASIFQ, qui milite depuis plusieurs années contre les conditions « inhumaines » de la prison Leclerc. Cinq femmes s’y sont suicidées depuis 2016, et de nombreux organismes dénoncent les problèmes de droits humains qui ont cours dans l’établissement de Laval.

Des solutions créatives

Pour joindre toutes les femmes, sans exception, des ressources déploient des stratégies innovantes à travers le Québec. « Dans nos premières campagnes, on envoyait des cartes postales dans les communautés plus éloignées, dans le Publisac ou par la poste », raconte Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes. Les cartes postales s’adressaient aux proches des victimes, et elles leur fournissaient des ressources pour appuyer et rediriger celles qui souhaitent s’en sortir.

Du côté du Carrefour pour Elle, à Longueuil, la toute première cellule de crise de la région a été mise sur pied au printemps dernier. La cellule est composée de 11 partenaires, qui vont des services correctionnels à la DPJ, en passant par le centre Entraide pour hommes. « Lorsqu’une situation préoccupante est décelée, la cellule d’intervention rapide est activée pour nous permettre d’intervenir en peu de temps et de mettre en place un filet de sécurité », explique Marie-Christine Plante, adjointe à la direction du Carrefour pour Elle.

Pilier dans la lutte contre les violences, l’organisme SOS violence conjugale offre également des questionnaires interactifs pour les femmes victimes, pour les proches qui veulent aider et pour les intervenant·e·s. Une panoplie de ressources en ligne sont disponibles sur son site Web, en plus d’une ligne d’écoute accessible 24 heures par jour, 7 jours sur 7.

Des partenariats essentiels

Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes

Depuis 2016, plus de 695 municipalités québécoises ont rejoint la campagne Municipalités alliées contre la violence conjugale. « Ça envoie à la population un message de non-tolérance à la violence », explique Louise Riendeau. En plus de s’affirmer alliées, certaines municipalités ont décidé d’aller plus loin : lieux d’entreposage pour les biens des femmes hébergées, pension pour animaux de compagnie, hôtel de ville transformé en refuge, transport adapté gratuit pour les victimes vivant avec un handicap… Les initiatives sont nombreuses pour bonifier l’accès aux services d’aide.

Les maisons d’hébergement s’organisent aussi avec les services de police pour les sensibiliser, faire connaître leurs ressources et surtout offrir des séances d’information. « Les policiers ont des outils pour distinguer la chicane de couple de la violence conjugale. Dans la pratique, ça fait une différence », affirme Manon Monastesse.

En Beauce, les coiffeuses et coiffeurs des municipalités ont été formé·e·s afin de rediriger les victimes vers les maisons d’hébergement et leur offrir de l’information. « On sait que les salons de coiffure sont l’un des rares endroits où les femmes victimes de violence conjugale vont toutes seules. C’est un lieu propice aux confidences », explique Louise Riendeau.

À Laval, les maisons d’hébergement ont conclu une entente avec le transport adapté. Ainsi, la Municipalité s’est assurée que des femmes à mobilité réduite ayant besoin de transport adapté puissent y avoir accès rapidement si elles ont besoin de quitter leur foyer.

Poursuivre le travail

Bien que les actions citoyennes soient nombreuses pour contrer les violences, « il faut continuer le travail », croit Manon Monastesse. « Il faut s’attaquer aux stéréotypes. Il faut s’attaquer à la socialisation des garçons et des filles, et leur enseigner très jeunes ce qu’est une relation égalitaire. » Les actions citoyennes qui constellent notre province agissent comme une vague d’optimisme dans la lutte contre les violences. L’éducation, la prévention et l’information demeurent des points d’appui essentiels pour construire une société de demain libre de violence.

Besoin d’aide?

Vous sentez votre sécurité menacée?

N’hésitez pas à faire appel à des ressources d’accompagnement comme SOS violence conjugale (disponible 24 h sur 24, 7 jours sur 7), une maison d’hébergement, Info-aide violence sexuelle ou un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de votre région. En cas de besoin immédiat, contactez la police en composant le 911.

Édition ⬝ Novembre 2021