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Violences liées au genre : les comprendre, les contrer

Déconstruire le rapport de force

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Temps estimé de lecture :5 minutes

Bandeau :Bandeau : Photo : © Pawel Czerwinski (unsplash.com)

Du 25 novembre au 6 décembre ont lieu les 12 jours d’action visant l’élimination des violences faites aux femmes. Cette initiative insuffle chaque année un élan de mobilisation à travers le Québec, où les violences fondées sur le genre sont encore bien présentes et affectent tant les femmes et les filles que les personnes bispirituelles, trans ou non binaires. Si ces violences sont issues d’un rapport de force historiquement construit, il est primordial d’en connaître les différentes formes et manifestations, en vue de mieux les prévenir et d’agir ensemble pour les contrer.

Au Canada, tous les deux jours et demi, une femme est tuée par son conjoint ou son ex-conjoint. Au Québec, la moyenne est de 12 femmes par an, tandis que pour l’année 2021, le triste bilan s’élève à ce jour à 17 féminicides. « On appelle ça la pandémie de l’ombre », résume Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

Une approche féministe intersectionnelle

Les violences de genre ne peuvent pas être prises et comprises en silo, croit quant à elle la coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violences conjugales, Louise Riendeau. « Dans l’aide qu’on apporte aux femmes, on regarde quels sont les besoins de chacune et comment on peut les accompagner dans la reprise de pouvoir. »

L’approche féministe intersectionnelle, qui est préconisée par l’organisme, tient compte des expériences uniques des femmes. Celles-ci subissent parfois simultanément et de manière superposée plusieurs formes de domination et de discrimination liées à leur âge, à leur race ou encore à leur handicap. C’est le cas des femmes autochtones au Québec, qui seraient huit fois plus à risque de subir de la violence sévère que les femmes allochtones.

Des violences qui se multiplient

« Dans son parcours, une femme va subir plusieurs formes de violence. De la violence familiale à l’inceste et aux agressions sexuelles, en passant par la violence conjugale, jusqu’à la violence institutionnelle », explique Manon Monastesse. La violence physique est sans doute la violence la plus visible. Elle regroupe tout acte physique visant à brutaliser ou à maîtriser une femme.

Beaucoup de femmes ayant traversé des épisodes de violence développent un stress post-traumatique.

La violence physique s’accompagne souvent de violence verbale, qui se manifeste sous forme de critiques ou de commentaires désobligeants à l’égard de la victime. La violence dite psychologique regroupe de son côté les actes visant à blesser la dignité d’une femme. Elle recourt à la désinformation, à l’ignorance, à la négligence, à l’intimidation ou encore à l’exclusion de la victime des espaces de socialisation.

Dans certains cas, on parle de contrôle coercitif, où, sans exercer de violence physique, un conjoint peut entièrement contrôler sa conjointe et ses enfants. « Certaines victimes ne pensent la vie qu’en fonction de leur conjoint violent, parce que c’est lui qui décide de tout : ce qu’elle va mettre, ce qu’elle va manger, ce qu’elle va faire. Elles sont complètement sous l’emprise du conjoint violent », raconte Manon Monastesse, qui a travaillé avec des centaines de victimes.

Distinguer la colère de la violence

Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Dans de trop nombreux cas, les hommes se placent en position d’autorité au sein du couple et perpétuent un régime de violence domestique généralement reconnu comme le « cycle de la violence ». Le phénomène commence par une explosion de violence, qui laisse place à une lune de miel durant laquelle l’agresseur promet de changer. Mais une nouvelle escalade de violence a tôt fait de ramener l’explosion, et le cycle de la violence se perpétue.

Pour Manon Monastesse, une chose est claire : la colère et la violence ne doivent pas être associées, car l’une est une émotion normale et légitime, tandis que l’autre est un tempérament néfaste qui trouve ses assises dans une fausse conception de supériorité. « Dans la croyance populaire, on fait un lien entre colère et violence. Mais c’est un faux lien. Ce qui crée un cycle de violence, ce n’est pas la colère, c’est le besoin d’un contrôle absolu d’un homme sur une femme », affirme la directrice de la Fédération.

Un narratif sexuel inégalitaire

Dans le domaine sexuel, les inégalités sont nombreuses – que l’on pense à la pornographie, où les femmes sont représentées de manière dégradante, ou encore à l’hypersexualisation du corps de la femme dans les publicités. La violence sexuelle regroupe l’ensemble des actes à caractère sexuel non consentis, et inclut les violences liées à la reproduction, comme une grossesse, une stérilisation ou un avortement forcés, de même que les mutilations génitales féminines.

La culture du viol est elle aussi une manifestation de cette violence. Cette culture perpétue un narratif qui légitime et banalise les violences sexuelles faites aux femmes. Le harcèlement, qu’on associe souvent au « sexisme ordinaire », fait des ravages énormes. Le harcèlement de rue, par exemple, crée un climat de peur pour les femmes. Il contribue à renforcer l’idée que les espaces publics ne peuvent pas être occupés également par les hommes et les femmes.

Des dommages collatéraux pour toutes et tous

Comme conséquence de la violence, nombre de femmes connaissent des difficultés économiques, physiques et psychologiques, à court ou à long terme. Beaucoup de femmes ayant traversé des épisodes de violence développent d’ailleurs un stress post-traumatique. Le stress post-traumatique a été déclaré trouble mental à la suite de l’évaluation des vétérans de la guerre du Vietnam, qui étaient toujours en danger, sous tension et dans un milieu hautement anxiogène et dangereux pour leur vie.

Les femmes en situation de violence conjugale vivent dans ces mêmes dispositions. « Ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère, un stress post-traumatique. Ça montre à quel point ça peut les affecter. Et ça affecte aussi beaucoup les enfants », déplore Manon Monastesse.

Les défis que posent les violences faites aux femmes sont nombreux. Les solutions pour les contrer doivent être collectives et concertées. « On doit travailler ensemble et additionner nos voix. Ça donne plus de force pour faire avancer les dossiers », défend Louise Riendeau.

Besoin d’aide?

Vous sentez votre sécurité menacée?

N’hésitez pas à faire appel à des ressources d’accompagnement comme SOS violence conjugale (disponible 24 h sur 24, 7 jours sur 7), une maison d’hébergement, Info-aide violence sexuelle ou un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de votre région. En cas de besoin immédiat, contactez la police en composant le 911.

Édition ⬝ Novembre 2021