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Tic-tac : l’heure du consentement a sonné

Éduquer et outiller par la force de la parole

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C’est une deuxième vague bien scélérate qui s’est abattue sur le Québec à l’été 2020. Après la déferlante #MoiAussi, en 2017, rien ne laissait présager ce raz-de-marée de dénonciations sur les réseaux sociaux, alors que le comportement de plusieurs personnalités publiques a été dénoncé. Cette fois, à côté de la notion d’agression sexuelle, c’est le mot « consentement » qui a créé un tsunami. Le message est fort et semble pourtant évident : l’impérative obtention d’un consentement explicite, libre et éclairé avant toute relation à consonance sexuelle.

Pour Alexandre Chenette, conseiller pédagogique au RÉCIT (Réseau pour le développement des compétences par l’intégration des technologies) et spécialiste d’éthique et culture religieuse, la lame de fond estivale n’est guère surprenante. « C’est même une bonne chose qu’elle soit survenue et qu’elle vienne rappeler l’importance du consentement et plus encore de la nécessaire absence d’ambiguïté dans la relation sexuelle. »

Sa collègue Marie-Soleil Carroll, spécialiste d’éducation à la sexualité, renchérit. « Être capable d’affirmer son désir ou l’absence de celui-ci est primordial. Il n’y a pas de place pour une situation nébuleuse. Il faut apprendre aux jeunes, garçons ou filles, le mécanisme de revalidation constante. Ils ne doivent pas tenir pour acquis que parce que leur partenaire a donné dans le passé son accord, celui-ci est encore valable quelque temps plus tard. Tout le monde doit s’assurer de vérifier et revérifier la validité du consentement qui a été donné. » En d’autres mots, il faut marteler l’impérative nécessité de demander son avis à l’autre et l’importance d’en tenir compte. Bref, éduquer au consentement.

Éduquer et outiller

Alexandre Chenette, conseiller pédagogique au RÉCIT et spécialiste d’éthique et culture religieuse

C’est ce qu’a entrepris Alexandre Chenette en publiant le lexique Égales, à l’usage des garçons et de tous. Avec le souhait que cette boîte à outils permette d’amorcer un dialogue autour de la question du consentement et plus largement autour de celle de la prévention des agressions sexuelles. Que ce soit entre enseignant·e·s et élèves, mais aussi au sein des familles, avec les enfants, les petits-enfants et les parents. « Au cours des 10 dernières années, j’ai observé une transformation chez les jeunes. Les millénariaux sont plus sensibles au sujet, plus curieux et plus éduqués aussi. »

Mais il reste selon lui encore bien du chemin à parcourir pour ne plus entendre de réflexions comme celles dénoncées par l’autrice jeunesse Marie Gray dans La Presse. « “On le sait ben, quand une fille dit non, elle veut dire oui!” Ce commentaire, lancé par un adolescent de 16 ans, je l’ai entendu souvent pendant mes rencontres en classe avec des élèves du secondaire. Les copains approuvent. Les filles? Elles restent stoïques. » Elle aussi est convaincue que l’éducation est le phare qui guidera les plus jeunes pour donner enfin un coup de semonce aux sempiternelles microagressions qui polluent les relations sociales et sont un terreau fertile à la culture du viol. « L’éducation permettrait d’en prévenir une bonne trâlée. On pourrait commencer par refuser d’endurer les remarques disgracieuses, les “jokes de mononcle” proférées par collègues et amis. »

La force de la parole

Il n’est clairement plus question aujourd’hui de blâmer les victimes pour leur silence ou le manque de clarté de pseudo-signaux envoyés. Il semble ainsi bien révolu le temps où Méduse devait s’écraser devant le puissant Poséidon. Désormais, la force est du côté de la parole. Les contenus pédagogiques en éducation à la sexualité mis en place en 2018 et obligatoires pour tous les élèves du primaire et du secondaire du Québec, viennent soutenir cette thèse. Stéréotypes sexuels, consentement, violence sexuelle, agir sexuel sont autant de sujets abordés au fil des années scolaires. L’école fait cependant face à un Léviathan de taille : séries télé et réseaux sociaux en tête, alors que l’image véhiculée y fait encore largement place aux clichés. L’enjeu est sérieux.

L’école fait face à un Léviathan de taille : séries télé et réseaux sociaux en tête, alors que l’image véhiculée y fait encore largement place aux clichés.

Pendant trois ans, la professeure au Département de sexologie de l’UQAM Mylène Fernet a sondé des adolescent·e·s et jeunes adultes de 14 à 25 ans pour en connaître davantage sur leurs réalités amoureuses et sexuelles. C’était avant le retour des cours d’éducation à la sexualité, mais un constat s’imposait de façon inquiétante : près de 24 % des jeunes femmes et 11 % des garçons interrogés ont déclaré avoir subi des « relations sexuelles sous pression », lire non consenties. « Plusieurs gestes de coercition et de violence sexuelles sont considérés. Pas seulement les pressions, mais les menaces, l’usage de force physique et l’intoxication par l’alcool ou les drogues pour avoir des activités sexuelles », précise Mylène Fernet.

Une réalité qui a convaincu la chercheuse et son équipe du Laboratoire d’études sur la violence et la sexualité de créer une campagne de sensibilisation aux violences sexuelles exercées par un·e partenaire. Ce projet de courtes capsules vidéo sur le consentement et les violences sexuelles en contexte intime a été conçu avec, par et pour les adolescent·e·s.

Aucun outil ne semble cependant aujourd’hui suffisant à lui seul pour faire comprendre qu’une agression sexuelle peut avoir lieu dans une relation amoureuse, que les filles comme les garçons peuvent être victimes ou encore que ce n’est pas parce qu’une fille flirte avec un garçon qu’elle consent à aller plus loin. Pour ajouter à l’arsenal de la prévention, Alexandre Chenette et Marie-Soleil Carroll élaborent actuellement un contenu éducatif qui proposera aux élèves de deuxième secondaire des mises en situation éclairantes sur le consentement. « Le but sera de leur faire réaliser que tout est attaché et que lorsque le consentement n’est pas explicitement donné au moment de vivre une activité sexuelle, ils se retrouvent face à une situation d’agression sexuelle. » D’où l’importance d’intégrer dès le plus jeune âge le fait qu’il revient au partenaire qui prend l’initiative de l’activité sexuelle de s’assurer que l’autre personne y consent pleinement. Une évidence pour certain·e·s, mais pas encore pour tout le monde…