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Berlin préparée à la hausse des violences envers les femmes

La ville crée des lieux d’accueil d’urgence supplémentaires pour les victimes

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Alors que les violences envers les femmes augmentent dans la plupart des pays où le confinement est de mise, l’Allemagne veut prendre exemple sur Berlin qui a créé des lieux d’accueil d’urgence supplémentaires pour les femmes victimes de leur conjoint.

Comme une ville en état de siège, ce dont elle n’a pourtant pas l’air, la capitale allemande s’organise en imaginant que le pire est à venir. Pour agir, elle n’a d’ailleurs pas attendu l’appel que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, a lancé aux gouvernements le 7 avril en faveur de « la paix à la maison pendant la pandémie de la COVID-19 ». Cinq jours plus tôt, la sénatrice de Berlin en matière d’égalité, Dilek Kalayci (SPD : Parti social-démocrate), avait annoncé à la Chambre des députés la mise en place immédiate dans la ville-État de lieux supplémentaires pour accueillir des femmes victimes de violences conjugales ainsi que leurs enfants.

Il s’agit d’une réponse rapide et efficace, mise de l’avant par la ministre fédérale de la Condition féminine, Franziska Giffey (SPD). Celle-ci avait en effet peu auparavant exhorté les Länder allemands à assurer la sécurité de femmes victimes de violences conjugales, dans le contexte actuel de mesures limitant fermement les sorties du domicile. De son côté, la ville de Kassel a loué des logements de vacances pour offrir des places d’accueil d’urgence, tandis que plusieurs Länder envisagent de louer des chambres d’hôtels. De nombreuses Allemandes se trouvent en effet face à cet impossible paradoxe : comment rester cloîtrée chez soi pour se protéger de la COVID-19 quand le danger est sous son propre toit?

Isolement fatal

Doris Felbinger, responsable de BIG

Les chiffres sur la violence conjugale explosent dans le monde depuis le confinement : +30 % en France selon le gouvernement, +25 % au Royaume Uni, le triple en Chine, et des féminicides en Italie et en Espagne. À Berlin, au début d’avril, la police annonçait une hausse des violences domestiques (contre les femmes et les enfants) de 11 % au cours de la seconde moitié de mars par rapport à 2019. « Nous n’en sommes qu’à la 3e semaine des mesures de restriction de sortie, nous n’avons remarqué pour l’instant qu’une légère augmentation des appels à l’aide », illustre une des responsables de l’association d’aide aux femmes victimes de violence Bora, qui souhaite conserver l’anonymat.

Expert·e·s et services d’accueil ne sont pas surpris par cette tendance. « L’isolement est fatal : en raison des interdictions de sorties et des visites aux amis, les femmes restent chez elles et deviennent le jouet de leur agresseur. Les incertitudes qui accompagnent les mesures de sécurité destinées à limiter la diffusion du virus, tels les soucis économiques et financiers et les craintes pour l’avenir, agissent comme des pressions supplémentaires et peuvent dégénérer », explique Doris Felbinger, responsable de BIG (Initiative berlinoise contre les violences faites aux femmes).

Hors du circuit bureaucratique

Pour offrir immédiatement les 132 lieux supplémentaires qui s’ajoutent aux quelque 300 déjà destinés à un accueil « rapide et hors du circuit bureaucratique », Berlin a annoncé la location de chambres dans deux hôtels. L’un est destiné aux femmes maltraitées et à leurs enfants, l’autre est réservé aux victimes qui pourraient être infectées par le virus, précise Dilek Kalayci. Ces lieux d’accueil sont attribués par l’association BIG. La ville propose désormais près de 900 places d’hébergement pour les femmes violentées.

« De nombreuses Allemandes se trouvent face à cet impossible paradoxe : comment rester cloîtrée chez soi pour se protéger de la COVID-19 quand le danger est sous son propre toit? »

Mais il manquerait autour de 14 000 places dans le pays. Le plan d’investissement fédéral Ensemble contre les violences faites aux femmes ambitionne de répondre à cette carence. Il prévoit une enveloppe de 120 millions d’euros pour la construction de nouvelles maisons d’accueil entre 2020 et 2023. Montant jugé d’ores et déjà insuffisant par BIG.

Le pire après la pandémie

« À Berlin, on travaille à l’ouverture de ces places supplémentaires avec la Ville et les autres associations déjà depuis la mi-février. Car on sait que ça va s’aggraver, bien que la hausse des actes de violence dénoncés soit encore faible », poursuit notre interlocutrice de Bora. Tout est dans le « encore ». « On observe attentivement ce qui s’est passé dans d’autres pays confinés, par exemple en Chine et en Italie. On sait d’expérience que quand les gens restent chez eux, comme à Noël, les cas de violence augmentent. Or, le confinement actuel est bien plus long que la période des Fêtes de fin d’année. »

En temps de restriction de sortie, la prise de contact avec les associations d’aide devient plus difficile. Les moments pendant lesquels les victimes pourraient téléphoner en dehors de la présence de leur conjoint violent sont rares. « Les conditions de confinement en vigueur sont telles qu’elles vont aggraver la violence; elles le font déjà. Nous pensons que la situation empirera encore après la pandémie, quand les femmes pourront accéder à de l’aide, ou même, qu’elles auront envie de divorcer après cette période de violence », ajoute Doris Felbinger. Pressentiment partagé par Jörg Ziercke, responsable de l’association allemande Weissen Ring, qui vient en aide aux victimes de criminalité : « Nous devons malheureusement nous attendre au pire. »

Un guide de survie pour hommes sous pression

Pour les hommes pris d’une forte envie de s’abandonner à la violence, mais ne voulant pas perdre le contrôle en situation de crise, un « guide de survie pour les hommes sous pression » est consultable sur le site bundesforum-maenner.de . Mis au point par la Fédération allemande-autrichienne-suisse pour les hommes et les pères, ce document en 21 langues les incite au calme en 10 conseils, par exemple : « Accepte ce que tu ne peux pas changer (le confinement) et essaie de donner un sens à cette période; accorde-toi ce dont tu as besoin et sois bon pour toi-même; fais attention à tes signaux d’alarme; permets-toi de demander de l’aide; prends tes propres blessures au sérieux… »